Rappelez-vous, c'était il y a deux ou trois jours. La tête dans le sable, les pieds en éventail, affalé sous le soleil torride d'un été indien de début octobre, c'était le moment ou jamais d'écouter une dernière fois le gazouillis des vagues, les pépiements du goémon et la douce chanson de la bernique toute guillerette en ces jours de grandes marées. Si vous avez un tant soit peu le sens des priorités, vous n'avez pu résister à cela. Vous vous êtes laissés envahir par la petite musique charmante des feuilles d'automne cramoisies sur le sable chaud. Mais, en ce bel émoi, avez vous su distinguer le Cri de l'Ormeau ? Celui là n'est pas de la famille des coquillages du bord de mer. Laissant à ceux-ci les plages de sable doré, ce Cri de l'Ormeau s'étend sur des plages d'encres de couleurs que l'on peut feuilleter avec frénésie. Ce Cri de l'Ormeau est une chouette petite revue mensuelle et gratuite que l'on peut trouver dans tous les lieux de culture et de curiosité, un petit journal qui parle de tout ce qui se fait de bien dans le monde artistique de notre Morbihan, mais aussi chez nos voisins du nord, les Costarmoricains. Ca parle avec sensibilité et justesse de spectacles, de livres, de musiques, d'artistes, de dates, de lieux culturels, bref de tout ce qui fait le sel de la vie. Ses paludiers ont demandé au Spoum un petit texte pour l'édition d'octobre, une page blanche que l'on a noircit avec grande excitation. Nous ébrouant du sable resté collé à nos méninges, nous sommes partis pour eux à la pêche aux mots. Voici les quelques phrases ramassés dans nos filets, au retour de la plage, quand on a décidé de remettre nos chaussettes et de redevenir un petit peu sérieux, pas trop, juste ce qu'il faut pour garder l'esprit léger. Chut, c'est maintenant que commence notre petit billet d'humeur sur le démarrage de cette nouvelle saison de spectacles, un billet adressé à tous les gens n'Ormeau, y compris vous !


La rentrée  : voilà une bonne chose de faite ! Maintenant, place aux sorties !
Dans notre petit monde de la culture, la rentrée, c'est la sortie des plaquettes de saisons avec leurs éditos sucrés salés. Et les mêmes mots que l'on retrouve partout, parce qu'ils « font sens » comme on dit dans le jargon : émotion, découverte, partage, diversité, émergence, ouverture, lien social. Beau à en pleurer ! Parfois, malgré la livraison par milliers de plaquettes luxueuses brochées avec élégance sur du papier épais qui brille comme un soulier neuf, quelques lamentations sur la baisse des budgets et les craintes pour l'avenir, la politique qui ressert boulons et noeuds de cravate, la crise qui fait des dégâts coté artistes, coté public, inquiétude, re lien social. Encore plus beau à en pleurer !
C'est chouette, septembre. Et voilà déjà octobre. Octobre, c'est le mois où l'on vérifie si tout est bien rentré pour pouvoir commencer les sorties. C'est reparti pour une saison !

Petit retour en arrière pour comprendre comment on en arrive là.
Du coté des programmateurs, combien de coups de téléphones, de piles de dossiers, de kilomètres parcourus, de réunions entre collègues, de doutes sur les bons choix, de négociations avec les tutelles, de projets bâtis sur la comète et défaits sur le carrelage pour essayer de construire une alchimie savante de proposition de spectacles, expositions, rencontres... entre théâtre, musique, danse, cirque, formes croisées, spectacles inclassables, nouvelles créations ou spectacles éprouvés, artistes inconnus ou vedettes du Show Biz, spectacles que l'on a adorés mais que l'on n'ose pas accueillir, spectacles incontournables que l'on aimerait contourner... ? Et l'attente du public ! Ah, le public, ce grand mystère. Est-il prêt à jouer la curiosité vers des artistes émergeants ou ne sera t-il présent qu'au passage de formules « vues à la télé » ? Et Monsieur l'Adjoint qui met la pression. Et le taux de remplissage qui a baissé l'an dernier, et les abonnements, pire encore. Ô qu'elle est éprouvante la réalité d'une saison à construire, qu'elle est émouvante la complainte du programmateur esseulé au fond du bois.

Du coté des artistes, le tableau est contrasté, comme le veut la formule consacrée. Contrasté est le bon mot pour être politiquement correct.
Il y a les « ceusses » qui ont fait le choix d'une carrière et qui le valent bien, les incontournables du petit écran qui cachetonnent à fond en province. Certains ont un paquet de talent, alors bravo. D'autres un paquet de bravos mais peu de talent, alors dommage. Pour ces « ceusses-là », tout va bien, merci.

Et puis il y a tous les autres, et ça fait beaucoup. Là aussi, c'est contrasté et un tout petit peu plus contracté.
On vous a prévenu plus haut : les budgets sont à la baisse. C'est la faute à la crise. A la crise, et à plein d'autres choses qui, elles, ne veulent pas dire leur nom. La culture, c'est comme la confiture : en temps de crise, on en met beaucoup moins sur la tartine. Au pain sec, les artistes !
Les plaquettes de saison sont aussi belles qu'avant, il y a autant de pages pour faire comme si. Mais si vous comptez bien, dans la très grande majorité des théâtres, centres culturels et festivals, il y a bien moins de spectacles accueillis. On sauve la mise en consacrant un paquet de pages à plus d'infos sur les ateliers, les spectacles amateurs, les expos, le partenariat avec les salles d'à coté, le cinéma, tout ce dont on parlait auparavant sur deux petites pages. Grosso modo, avec tous ces plus, on voit moins les moins.
Coté artistes, musiciens, comédiens, danseurs, circassiens, il y a de plus en plus de moins ... et ça fait des dégâts. Suppression de représentations, annulation ou report de création, compression des distributions, des décors, des temps de répétition, des rémunérations, des dates de tournées... et une immense incertitude sur le pourquoi du comment et de quoi ce pourquoi du comment sera fait demain.
Pourtant, malgré cela, il y a toujours des fous de théâtre, de musique, de danse, d'écriture, qui seuls ou ensemble, continuent à travailler dans l'ombre de hangars, de garages, sous des chapiteaux et parfois même dans de vrais salles de répétitions. Des drôles de zouaves qui se posent milles questions, tantôt avec angoisse, tantôt avec fous rires, qui rêvent de ce moment magique que sera la rencontre de leur spectacle, leur musique, leurs paroles, leurs corps, sur une vraie scène, avec des vrais spectateurs prêts à rêver, pleurer et rire avec eux. C'est si étrange, si fragile, c'est si beau que ces artistes là, avec leur besoin de dire, de faire et de le partager, se dépatouilleront toujours pour inventer les occasions, les lieux et les moments de spectacles bien vivants. Je veux y croire. Belles sorties à tous !