Dans une prairie, au bord de l'autoroute entre la Bretagne et Paris, éclaboussés par le soleil couchant, deux troncs d'arbres sont là, tout droits l'un à coté de l'autre. Deux troncs de chênes robustes, noueux, à l'écorce rêche et épaisse où s'accroche la lumière ambrée de cette fin de journée. Dans l'exact espace qui les sépare, des rondins de bois sont empilés bien serrés. Tant de rondins que leur tas atteint le haut des troncs. Des rondins tous de même longueur, soigneusement rangés, pas un ne dépassant l'autre, leurs tranches coupées bien visibles, rondes, claires.
La plus haute rangée de rondins fait une ligne parfaitement horizontale entre les deux troncs, juste à la hauteur de la naissance des branches.

Mais de branches, il n'y en a plus.
Les deux arbres viennent d'être amputés. Le grand tas de rondins qu'ils maintiennent entre leurs troncs provient de leurs branches, toutes leurs branches, sans exception.

Je ne sais pourquoi cette image me donne un petit coup de blues. Pour les deux troncs d'arbres qui servent malgré eux de calage au tas de bois ? Pour les hommes qui ont trouvé là une belle astuce de stockage ? Parce que les deux troncs vont être eux aussi débités en rondelles ?
Non. Ca me donne le blues parce que je sais que les hommes vont attendre patiemment quelques années, après avoir brûlé tous les rondins, et qu'ils reviendront avec leurs tronçonneuses couper les nouvelles branches. Les branches vigoureuses que les deux troncs se seront efforcés de faire pousser, dans le seul but de continuer à vivre leur vie d'arbre, dans leur prairie, au bord de l'autoroute.

La vie de ces arbres là, arbres de talus, arbres de bord de route, à bien y réfléchir, ça vous file un coup de blues digne d'Idéfix, le petit chien d'Obélix, le copain d'Astérix. Bouhouhouhou !