Il y a des vérités vraies qui ne le sont pas toujours. Prenons le B A BA des mathématiques : 1 + 1 = 2. Voilà une vérité inébranlable.
Et pourtant ... Etes -vous bien sûr que lorsque l'on additionne un 1 avec un autre 1 on arrive immanquablement à 2 ?
Logiquement oui.
Si j'ajoute 1 kilo à 1 autre kilo, ça fait 2 kilos. 1 litre à 1 autre litre, ça fait 2 litres. C'est mathématique, un point c'est tout.
Dans la vraie vie, c'est une autre histoire.
Suivez-moi dans la cuisine.
Maintenant, tentons l'expérience de rajouter 1 kilo de farine à 1 litre de lait. Ca fait quoi ? Ca ne fait pas 2.
Ca fait le début d'un far breton.
D'après notre calcul, ce début de far manque 2.
Et quand il n'y a pas d'oeuf dans un far breton, c'est zéro.
Donc, je me résume : 1 + 1 sans 2 = 0.
Reprenons un kilo de farine. Je le verse dans un saladier. Je rajoute par dessus un deuxième kilo de farine. Résultat : je n'ai toujours qu'un saladier. Plus deux sacs vides.
Si je prends le point de vue du saladier, ça fait 1. Le point de vue des sacs vides, ça fait 2. Le point de vue de l'ensemble des récipients, ça fait 3. Le bazar, quoi !
Je remets de l'ordre dans la cuisine et je retourne à mon premier kilo de farine que je mélange à mon deuxième kilo de farine. On est d'accord : 1 kilo + 1 kilo = 1 gros saladier, et toujours pas deux, ni d'oeuf.
Pour préparer un bon gâteau avec notre volume de farine, calculons deux fois plutôt qu'une combien d'oeufs il faut rajouter. D'oeufs, il en faut plus que deux. Un oeuf, ce n'est pas assez, mais neuf, c'est trop.
Admettons que notre gâteau est un « quatre-quarts ». Diviser un oeuf par deux, ce n'est pas facile. Diviser un neuf par deux, ça fait quatre et demi. Pas quatre quarts. Trop bizarre. Et quand je pense que je n'ai pas encore ajouté le sucre et le beurre !
Je n'aurai jamais dû faire la bêtise de mettre d'abord deux kilos de farine dans le saladier puis ensuite sortir mon livre de recette. Pour suivre les règles du vrai « quatre-quarts », au final, je me retrouve avec un gâteau composé de 2 kilos de farine, 2 kilos de sucre, 4 grosses plaquettes de beurre de 500 grammes et 30 oeufs, soit un total d'environ huit kilos. Très gros, le gâteau.
Dans la recette, il est dit qu'il faut d'abord peser les oeufs. Je ne le savais pas. Je n'ai jamais été très bon en cuisine. Pas plus qu'en maths.
En mathématique, deux c'est deux. Neuf, c'est neuf. On ne parle jamais d'oeufs. Non, on ne parle jamais d'eux. En cuisine, si.
Six, qu'ils disent dans la recette. D'oeufs, il en faut six. Si six est la bonne recette, cette recette à sept serait donc trop.
Restons à six, même si deux bouts, c'est bien aussi.
On continue ? Ne brûlons pas les étapes, il faut laisser le gâteau dorer tranquillement dans le four.
Vu la taille du gâteau, ça va être compliqué de calculer le nombre de parts. Il est évident que ce n'est pas un quatre parts. Sur la base de 200 grammes par part, on peut être à quarante sur le gâteau. Pour ceux qui mangent debout, on compte deux pieds par part. Pour ceux qui mangent assis, on compte deux ou six pieds, selon que l'on additionne ou pas les pieds du mangeur avec les pieds de la chaise. 40 par 6, ça fait 240. Nous voilà bien loin de notre 2 du départ.
Admettons que pour revenir à 2, on décide de partager le gâteau en deux énormes parts. Pour avoir les deux parts du départ, on risque une bonne indigestion ! Résultat : 2 parts = 1 indigestion. Ou une crise de foi.
Si l'on dit « une crise de foi, » ça fait 1. Si on dit « une crise deux fois », ça fait 2. Deux crises deux fois, ça fait 4, puis 8, puis... A ce rythme, on arrive très vite à une épidémie.
Préférons donc l'indigestion.
Et regardons ce mot de plus près... Indigestion, indigestion...
Mais, oui, mais c'est bien sûr ! Voilà enfin le mot qui réunit cuisine et mathématiques. Parce que dans ce mot redouté en fin de repas, on trouve bien : un... dix... gestion.
Le voilà le problème : quand on passe tout de suite de un à dix, n'y aurait - il pas comme un petit problème de gestion ?