Quand on ne veut pas aborder des sujets qui fâchent, on a toujours la possibilité de parler de la pluie et du beau temps. Ah oui ? Et bien parlons-en ! Laissons tomber le beau temps et parlons plutôt de la pluie. L'été indien que nous espérions tous, il est où, l'été indien ? Pfuiiitttt !!!! Et nos espoirs de prolonger les belles journées d'été ? Envolés ! Mais que font les météorologues ?

A leur décharge, il paraît que c'est très compliqué de travailler à Météo France. Quand on n'est pas dedans, on ne peut pas imaginer la complexité de la tâche.

Prenons l'exemple de cet été en Bretagne. Entre les agriculteurs qui voulaient plus de pluie et les vacanciers qui ne demandaient que du soleil, les météorologues ne savaient plus où donner de la tête.

Visiblement dans nos contrées armoricaines, les Offices de Tourisme n'ont pas les mêmes moyens de pression que la FNSEA. Résultat : de la pluie, de la pluie et encore de la pluie. Pourtant, ce n'était pas encore assez d'eau aux yeux des agriculteurs.

Il est vrai qu'au printemps dernier il y a eu un peu de pagaille dans une équipe de jeunes météorologues stagiaires qui n'ont pas tenu compte des consignes et ont laissé en place un grand soleil en continu pendant presque deux mois. Félicitations d'une grande partie de la population qui se précipitait sans un fil dès le mois d'avril sur les plages. Même le jour de la fête de la musique, il n'a pas plu. Incroyable !

C'est l'afflux de cartes postales de remerciements qui a alerté les chefs de service. Illico presto, ils ont redressé la barre et, dès la mi-juillet, les consignes pour toutes les équipes de la filiale bretonne de Météo France étaient de faire le maximum pour remonter en hygrométrie. Pas de chance pour les amateurs de bronzettes et de baignades. Déprime pour les syndicats d'initiatives et offices de tourisme. Pas tout à fait le sourire chez les agriculteurs qui ronchonnaient parce que c'était déjà trop tard pour leur récolte.

Les syndicalistes du tourisme ont cherché la médiation : il y aurait peut-être le moyen de contenter tout le monde en concentrant les pluies la nuit pour laisser place au soleil le jour. Cela aurait pu le faire si Météo France n'engageait pas autant de stagiaires inexpérimentés pendant la période d'été. Gérer les averses avec précision et doigté, ce n'est pas donné à tout le monde. Il faut quelques années d'expérience. Tant que les météorologues titulaires prendront leurs vacances en juillet et août, on peut s'attendre à du gros n'importe quoi.

Autre phénomène qui n'arrange rien pour le Nord de la France : Météo France applique une grille de points et de salaires en fonction des résultats, de la compétence et de l'ancienneté de son personnel. Tout ceci compte dans le choix des affectations de postes. Conséquence : ce sont les gars les plus expérimentés qui obtiennent les postes dans le Midi, sur la Côte d'Azur et la Corse. Vu qu'ils savent bien magner les manettes entre pluie et soleil, ces régions ont la chance d'avoir beaucoup plus de beau temps que partout ailleurs. Y a pas de secret ! Juste un petit bémol pour les incendies de forêt et les pluies torrentielles qui inondent de temps en temps le département de l'Hérault. Cela se comprend ; à force d'exceller dans la gestion du soleil, on perd la main. C'est la petite faiblesse de ces supers météorologues qui ont parfois le doigt lourd sur le curseur des précipitations. De plus, c'est culturel : la précipitation n'est pas au programme d'un pays où la sieste est reine.

Pour les Antilles, c'est un peu le même topo. Sauf que là-bas, c'est franchement exagéré. Les météorologues se la coulent douce : beau temps assuré, eau de mer à température idéale toute l'année, ensoleillement à faire pâlir un dunkerquois. Les gars de Météo France Antilles ont des caprices de stars. Mais quand ils font un caprice, ce n'est pas beau à voir. La star de rock se contente de dévaster sa chambre d'hôtel. Eux se payent un bel ouragan ou un méga cyclone et dévastent toute la zone. Catastrophe. Enorme faute professionnelle aux conséquences effroyables. La direction nationale de Météo France a bien imaginé des sanctions. Par exemple, les muter à Dunkerque, Berck-Plage ou Hénin-Beaumont. Bonne idée mais tout réfléchi, il s'avère très risqué de mettre en poste des gars incontrôlables en métropole. On les laisse donc là-bas, en croisant les doigts pour que leurs bêtises ne se répètent pas trop souvent.

Tout ça pour vous dire que, lorsque l'on connaît un peu mieux de l'intérieur le fonctionnement d'une société comme Météo France, on comprend mieux le temps qu'il fait, région par région, jour après jour. Et l'on saisit mieux la nuance entre temps pluvieux et météorologue plus jeune !